Enjeu #3 – Se désolidariser de l’euro


Une monstrueuse épée de Damoclès plane plus que jamais sur l’euro. Or, les crypto-monnaies sont un moyen subtil de sortir l’euro et des contraintes économiques imposées par le Traité de Lisbonne. Une autre économie est possible.


I – D’où viennent les crises ?

Deux faits économiques simples, exposent les limites d’une finance en quête de profits sans cesse croissants. Fait n°1 : la monnaie est un bien rival, c’est-à-dire que pour en obtenir, il faut généralement la prélever à quelqu’un. Fait n° 2 : l’économie réelle se distingue de l’économie financière (la première rémunère le travail humain, la seconde rémunère le travail de l’argent).

Partant de là, lorsque l’économie financière s’enrichit, ces sommes lui sont venues de quelque part, à savoir l’économie réelle (à qui elles ont donc été soustraites). On ne peut pas tous devenir plus riches en même temps, l’argent ne tombe pas du ciel. En définitive, on retrouve ici les équations de Lotka-Volterra, aussi appelée “modèle proie-prédateur”.

Schéma du modèle proie-prédateur, issu des équations de Lotka-Volterra.
Plus il y a de prédateurs, moins il y a de proies ;
moins il y a de proies, moins il y a de prédateurs ;
moins il y a de prédateurs, plus il y a de proies.
plus il y a de proies, plus il y a de prédateurs.

Ainsi, nous serions voués à subir une alternance entre booms et crises économiques. La finance n’investit dans l’économie réelle que tant qu’il y a un espoir d’en “extraire” des profits. En corollaire, plus l’économie réelle se vide de sa monnaie, moins la finance y investit. C’est une idée forte de l’ouvrage “Le Capital au XXIe siècle” de l’économiste Thomas Piketty.

D’après ce dernier, une redistribution de la monnaie par l’impôt est indispensable pour renflouer l’économie réelle, et éviter les insoutenables inégalités sociales qui mèneront à une crise politique majeure… à moins qu’entre-temps, la finance puisse “pomper” de l’argent ailleurs que dans l’économie réelle. C’est précisément le sujet du paragraphe suivant.


II – D’où vient l’argent ?

En créant toujours plus de monnaie, il est en effet possible de s’enrichir sans limite. C’est précisément là qu’intervient le fait économique n°3. Fait n°3 : la monnaie est créée en contrepartie d’un actif financier (une reconnaissance de dettes souvent). En gros, la finance “pompe” aujourd’hui ses profits dans l’endettement croissant des populations.

Impression écran du site "The Economist" et de son horloge de la dette mondiale.
Les dollars ou les euros ne tombent pas du ciel. Ils ont obligatoirement été créés suite à la monétisation d’une dette. C’est la règle, aucune institution financière ne crée de l’argent en claquant des doigts. Pour qu’il y ait de l’argent dans le pays, il faut en emprunter au système bancaire et financier, et voilà pourquoi les pays les plus riches sont aussi les plus endettés. Nous vivons à crédit.
Source : The Economist

Sauf que s’endetter au-delà du raisonnable est absolument risqué, surtout quand le raisonnable semble avoir été outrepassé il y a bien longtemps. Qu’ont de commun la bulle internet (2000), la crise des subprimes (2007) et la crise de la dette dans la zone euro (2010) ? Ce sont toutes des crises de surendettement (privé, bancaire et public respectivement).

Comptabilité en partie double oblige, votre argent n’est rien d’autre qu’une dette de votre banque envers vous. Les monnaies-dettes sont issues d’un jeu d’écriture et indiquent simplement le montant qu’une banque s’engage à reverser à son client, s’il le lui demande. De fait, si votre banque fait faillite, elle ne peut pas honorer votre remboursement et votre argent disparaît. Adieu vos euros.

Nous sommes bien sûr libres de considérer qu’un taux de réserve de 1% est suffisant, ou d’avoir pleine confiance dans le Fonds de Garantie des Dépôts. Mais dans le cas contraire, placer une partie de son épargne dans les crypto-monnaies peut en définitive être vu comme un calcul prudent, une façon de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.


III – Hors euro : on est bien !

Penser que posséder des euros sur un compte bancaire est sans risque, signale, à dire vrai, une terrible méconnaissance sur le sujet. Sans aller jusqu’à la disparition totale de votre épargne, celle-ci pourrait tout à fait être sévèrement rognée par une inflation galopante. Il revient donc à chacun de rester à 100% solidaire ou non des monnaies-dettes.

Depuis 2008, les politiques monétaires non conventionnelles sont monnaie courante. Nos banques centrales créent nettement plus d’euros que nous créons en face de “richesses”. Les craintes relatives à une inflation viennent de cet état de fait ; comment considérer que nos euros ont la même valeur alors que leur quantité s’est démultipliée ?

Puisqu’il faut toujours plus d’euros pour satisfaire l’appétit de la sphère financière, nous en créons en nous endettant désormais à coup de milliers de milliards.

Pour qui fait l’effort de s’intéresser un tant soit peu à la mécanique financière, il est évident que la poursuite de profits infinis est insoutenable. L’économie financière s’est totalement découplée de l’économie réelle, la croissance de ses bénéfices est maintenue artificiellement par la création monétaire (qui nous emmène tout droit vers le surendettement).

Vous voici rendu(e) au terme de ce module #3, qui présente les crypto-monnaies comme un moyen de dégager votre épargne d’un système financier malsain. Puisqu’une chute du cours de l’euro est plus que probable, vous avez tout intérêt à vous en protéger. Une autre économie est possible.


Nous sommes nombreux à réaliser que notre système économique dysfonctionne (p.e. chômage de masse, destruction de l’environnement, dettes publiques colossales, etc.). Il faut agir.

Découvrez maintenant pourquoi posséder autre chose que des euros est également un acte solidaire à l’échelle d’une commune, d’un département voire d’une région (module #4)
-> FAVORISER LA RÉSILIENCE ÉCONOMIQUE <-



N.B. : vous devinez d’ores et déjà ce que nous pensons des crypto-monnaies adossées à une monnaie-dette, tel que le dollar ; c’est-à-dire un grand nombre de “stablecoin”.

Au passage, si vous aimez vous faire peur, ci-après le lien vers notre travail sur les 6 failles qui vont provoquer l’auto-destruction du capitalisme néolibéral (et nous sortir enfin du dogme de la croissance économique) : LIVRE BLANC SUR L’EFFONDREMENT BANCAIRE.