Êtes-vous nul en économie ?

Quel est l’un des critères majeurs pour juger de la faisabilité d’un programme politique ? Le budget, la réalité des moyens financiers alloués à son exécution ; agir nécessite d’avoir des fonds pour le faire. Comprendre comment la monnaie apparaît puis circule est donc nécessaire à toute réflexion économique, politique et par suite sociétale ou écologique.

Aussi, si vous répondez correctement à moins de 6 des 10 questions au quiz qui suit, c’est que vous êtes définitivement nul en matière d’économie. (Il serait alors de bon ton de cesser d’importuner vos amis avec vos idées politiques malavisées.)

“C’est pour bien montrer qu’il ne pouvait y avoir une économie de gauche et une économie de droite […] que les économistes du XIXe siècle adoptèrent l’expression de 'science économique'.”

Jean-Marc Daniel, 3 controverses de la pensée économique.

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Si certaines questions vous ont posé quelques difficultés, consultez nos explications en cliquant sur leurs intitulés affichées ci-dessous.

1/ Quelle est la différence entre un prêt et un crédit ?

Aujourd’hui, l’essentiel de nos euros sont dématérialisés et émis à l’aide d’un jeu d’écriture. ils n’ont pas de réalité tangible. Ce sont des euros purement scripturaux. On parle de création monétaire par le crédit ou bien de monétisation de dettes.

La monétisation de dettes est l’opération qui consiste à créer de la monnaie contre réception d’une reconnaissance de dette (qui prend généralement la forme d’un actif financier appelé « titre de créance »/« titre de dette » ; il arrive que ce titre soit lui-même garanti par un titre de propriété).

En d’autres termes, lors d’une opération de crédit, les euros qu’une banque commerciale prête ont été spécialement créés afin d’être prêtés à intérêt à l’agent économique désirant s’endetter. Dit encore autrement, ces euros n’existaient pas avant d’être ‘crédités’. À l’inverse, lors d’une opération de prêt, on prête des euros qui existaient d’ores et déjà.

N.B. : La pratique de la monétisation de dettes remonte au moins à l’année 1661 avec les « billets de cuivre » suédois, dont la mise en circulation se faisait soit en contrepartie d’un versement en espèces (à savoir des pièces en cuivre), soit d’une simple reconnaissance de dette.
2/ Pour quelle raison une banque commerciale verse-t-elle des intérêts à ses épargnants ?

Lorsque l’on prête quelque chose à quelqu’un, nous devons nous séparer pour un temps de la chose prêtée. Cela ne semble pas être le cas avec l’argent déposé sur un livret A, il reste manifestement bloqué sur notre compte en banque ; si nous n’y touchons pas, le montant affiché sur le livret A reste invariablement le même. Aussi, si techniquement une banque ne prête pas la monnaie de ses clients, pour quelle(s) raison(s) rémunère-t-elle ses épargnants ? Quel est ce service que nous lui rendons et qui mérite récompense ?

Pour tenter de comprendre pourquoi une banque paie des intérêts à l’épargnant, permettez-nous d’abord de faire un parallèle avec une hypothétique monnaie fiduciaire : le reçu obtenu lors d’un dépôt d’or chez l’orfèvre (l’ancêtre de nos banques ?).

Un tel reçu est conçu pour prouver que son détenteur a en sa possession un certain montant d’or. Plus pratique que la volumineuse monnaie sonnante et trébuchante, imaginons que ces reçus soient alors devenus un moyen de paiement privilégié (l’ancêtre de nos billets de banque ?).

Maintenant, associons ces reçus non pas à une activité de prêt – pour laquelle l’or des déposants serait prêté aux emprunteurs – mais à une activité de crédit, pour laquelle l’orfèvre ne prête non pas l’or qu’il a dans ses coffres, mais prête des reçus qu’il crée lui-même (et que ses compatriotes utilisent pour se payer entre eux). Ces reçus prêtés sont émis chaque fois qu’un emprunteur s’endette auprès de l’orfèvre et n’existait donc pas avant ; procédé identique à la monétisation de dettes, cf. question 1.

Cependant, si l’orfèvre crée des reçus à la fois lorsque quelqu’un effectue un dépôt d’or chez lui et à la fois lorsqu’il réalise une opération de crédit, alors la valeur cumulée de tous les reçus qu’il a émis excède logiquement la valeur de ses réserves en or. Dès lors, cela veut dire qu’un risque de faillite pèse sur l’orfèvre : pris ensemble, les reçus mis en circulation par l’orfèvre promettent le retrait de plus d’or que celui-ci n’en possède réellement.

De fait, il se pourrait que ce soit dans de telles conditions que l’idée de rémunérer les épargnants ait émergée. Premièrement, en rémunérant les déposants, l’orfèvre incite ceux-ci à venir déposer leur or chez lui. Or, plus il a d’or, plus le risque de défaut s’éloigne ; il est mieux équipé face à une forte demande de retrait d’or.

Deuxièmement, avec la mise en place de cette rémunération de l’épargne, les déposants sont définitivement poussés à payer avec les reçus obtenus en échange de leur or, puisque c’est en laissant leur or chez l’orfèvre qu’ils toucheront les intérêts promis par celui-ci. En ce qui concerne les emprunteurs, lorsqu’ils récupèrent des reçus, ceux-ci sont utilisés pour rembourser leur emprunt, et non pour retirer de l’or. Le risque de défaut s’éloigne à nouveau.

En ce début de XXIe siècle, notre système bancaire a une structure similaire au système dépeint ci-dessus : il suffit de remplacer l’or par nos billets de banques et les reçus par nos euros scripturaux. In fine, rémunérer l’épargne apparaît donc comme un moyen de rendre plus stable un système bancaire basé sur le crédit, car le risque de faillite lié à un retrait massif de monnaie s’éloigne.

P.S. :En pratique, pour que la création monétaire par le crédit fonctionne sans accroc, il suffit de faire payer aux emprunteurs un taux d’intérêt couvrant au moins le coût des rémunérations dues aux épargnants.
3/ Formé à partir du mot CAPITAL, quelle est la vocation présumée du capitalisme ?

Selon la définition du Larousse, le mot ‘capital’ désigne le ‘patrimoine possédé par un individu, une famille ou une entreprise et pouvant rapporter un revenu’. Plus généralement, le capital désigne donc l’ensemble des sources de revenus ne provenant pas de son propre travail.

En définitive, on peut présumer que le capitalisme est une organisation économique qui se distingue par la place centrale qu’elle donne aux capitalistes. En effet, il a longtemps été très mal vu de gagner de l’argent autrement que par le travail : le prêt à intérêt était appelé ‘usure’ et les jeux d’argent étaient souvent prohibés.

Finalement avec le capitalisme, même si réaliser d’énormes profits est encore mal perçu par l’opinion publique, nous sommes plus libres de réaliser des bénéfices et les personnes fortunées sont davantage encouragées à investir, à faire circuler leur argent plutôt qu’à le laisser ‘dormir’.

Toutefois, rien ne stipule qu’il faille employer son capital pour embaucher (autant faire travailler des machines, plus rentables) ou pour maximiser la production de richesses (sinon, gare à la crise de surproduction).
4/ En général, quel est l objectif prioritaire d un investisseur étranger lorsqu il décide de financer un projet en France ?

Si l’on en croit la définition du Larousse, l’investissement est une ‘opération qui permet de renouveler et d’accroître le capital d’une Économie’. Généralement, un investisseur ne donne pas son argent, ni ne le prête gratuitement, mais cherche à réaliser des profits (dans le cas contraire, on peut parler de philanthropie).

Par conséquent, si l’investisseur est étranger et qu’il rapatrie sa mise de départ ainsi que ses bénéfices, alors il récupère plus de ‘billes’ qu’il n’en a apporté. Dit autrement, lorsque des euros quittent notre territoire, celui-ci s’appauvrit et voilà pourquoi nos dirigeants souhaitent éviter de faire fuir les investisseurs.
5/ En toute logique, plus il y a de français à devenir millionnaires et moins il y a de précarité en France, non ?

La monnaie est un bien rival : l’argent que nous avons gagné n’est pas apparu spontanément, il n’est pas sorti de nul part. Pour s’enrichir, il est indispensable de prélever de l’argent à d’autres agents économiques.

En fin de compte, plus il y a de millionnaires en France et moins la quantité d’euros que se partagent les non-millionnaires est importante. Les non-millionnaires se sont donc vraisemblablement appauvris, sauf si beaucoup d’euros ont été créés puis injectés dans l’Économie réelle française (au risque de provoquer de l’inflation).
6/ Tous les pays du monde peuvent-ils avoir une balance commerciale positive ?
Pour que les agents économiques d’un pays puissent exporter, il faut qu’en face des agents économiques d’un autre pays aient décidé d’importer. Les exportations des uns sont les importations des autres.
7/ Parmi les propositions suivantes, laquelle décrit une situation de croissance économique ?

L’indicateur le plus utilisé pour mesurer la croissance économique est le produit intérieur brut (P.I.B.). Il rend compte de la valeur totale de la ‘richesse’ produite sur l’année par les agents économiques résidant à l’intérieur du territoire étudié.

Attention, seule la production vendue est considérée comme une ‘richesse’ : les 500 litres de lait qu’un éleveur laitier a bel et bien produit mais qui finissent déversés sur la voie publique ne rentrent pas dans la case ‘richesse’.

Grosso modo, la croissance économique correspond – si on exclut le troc – à une hausse du volume intérieur des flux monétaires d’origine marchande, c’est-à-dire que sur un territoire donné, on dénombre plus de transactions commerciales ou d’euros échangées par rapport à l’année précédente. En d’autres termes, d’une année sur l’autre, davantage de produits/services de la zone étudiée sont consommés.

Ce faisant, la croissance économique correspond à une hausse du chiffre d’affaires de nos entreprises et non à une hausse de la productivité (on peut produire plus sans vendre plus, d’où plus d’invendus), ni à une baisse du taux de pauvreté (les personnes fortunées peuvent s’enrichir sans que cela ne profite au reste de la population).
8/ Si à partir de l an 2000 notre P.I.B. croît de 1% tous les ans, parmi les affirmations ci-dessous, laquelle s avérera juste ?

Si en l’an 2000 notre P.I.B. vaut 100x et qu’il croît de 1% tous les ans, alors il vaut 101x en 2001, 102,01x en 2002, 103,0301x en 2003, 104,060401x en 2004, 105,10100501x en 2005, 164,4631821844x en 2050 et 200,6763368395x en 2070.

Il aura donc doublé en 70 ans, soit en moins d’un siècle.
9/ En quoi un faible taux de croissance est-il problématique ?

On l’a vu à la question 7, croître économiquement signifie que davantage de produits/services de la zone étudiée ont été consommés par rapport à l’année précédente.

Dès lors, sachant que la dépense des uns est le revenu des autres (la monnaie étant un bien rival, cf. question 5), si à peine plus de produits/services ont été consommés, alors à peine plus de personnes ont mieux gagné leur vie. En somme, au sein d’une société de consommation telle que la nôtre, il est difficilement concevable de voir le chômage reculer significativement sans un taux de croissance élevé.

À l’inverse, même avec un faible taux de croissance, parvenir à s’enrichir reste possible (tout le monde ne connait pas la crise) ou de créer des euros (par exemple en souscrivant à un crédit, cf. question 1).
10/ Quelle affirmation à propos du capitalisme de ce début de XXIe siècle semble être la plus proche de la réalité ?

À l’instar du mouvement culturel romantique qui regrettait la domination de la raison sur les émotions, on retrouve une opposition du même acabit parmi les économistes du XIXe siècle, qui font eux aussi se confronter rationnalité et sensibilité.

D’un côté l’école classique pour la rationnalité, avec notamment David Ricardo qui estime « qu’il faut trouver un moyen de limiter la rente des propriétaires d’autant plus qu’ils sont souvent des héritiers incarnant le passé. Les travailleurs vivent au jour le jour : ils incarnent le présent. Les capitalistes, qui portent l’investissement et donc l’introduction dans le processus de production du progrès technique et des nouvelles technologies incarnent l’avenir. Choisissant l’avenir Ricardo développe une théorie dont le but est de maximiser le revenu des capitalistes, à savoir le profit. » [J-M. Daniel, 3 controverses de la pensée économique, p.34.]

Plus tard, du côté ‘sensible’, les socialistes et marxistes emploieront quant à eux le mot « capitalisme » comme un terme de dénigrement. Pour ces derniers, donner la priorité aux rendements du capital plutôt qu’au travail est synonyme d’exploitation et d’inégalités sociales. Le désaccord est donc principalement d’ordre philosophique, selon que l’on pense qu’il est souhaitable que la justice sociale s’efface partiellement, complètement ou aucunement face à la rationnalité économique.

Quoi qu’il en soit, notre modèle de développement n’a pas été pensé ni conçu pour favoriser l’emploi ou l’égalité, mais bel et bien pour encourager le progrès technique.

Dans le cas où notre quiz vous aurait paru trop facile ou au contraire trop ardu, n’hésitez pas à perfectionner vos connaissances économiques en parcourant notre essai – accessible en suivant la flèche – qui synthétise et vulgarise les idées d’une cinquantaine d’ouvrages d’économie.



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Tel qu’il est conçu actuellement, notre système capitaliste peine à fonctionner (chômage de masse, destruction de l’environnement, crises à répétition, etc.). Nous n’avons pas bâti une organisation économique pérenne du premier coup. Heureusement, rien ne nous oblige à en rester là, à simplement constater.

Et s’il y avait un après ? Une seconde chance ?

L’activité économique n’est pas condamnée à être dirigée soit par l’État (i.e communiste), soit par le Marché voire un mix des deux. En parcourant notre essai, découvrez les nouvelles voies qui s’ouvrent à nous grâce à une utilisation judicieuse des crypto-monnaies.



 



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