Enjeu #3 – Favoriser la résilience


Bien que l’on puisse être pessimiste quant à la pérennité du système financier, il serait étonnant que nos élites le laissent complètement péricliter. Pour autant, n’ayons pas une confiance aveugle dans celui-ci. Une autre économie est possible.


I – Éviter un effondrement économique

Depuis 2008, des dizaines de milliards de dollars ont été investi dans les crypto-monnaies, conçues dès l’origine comme un substitut à un système bancaire vieillissant. Pour beaucoup, elles représentent un plan B, une valeur refuge (à l’instar de l’or).

Il est difficile d’imaginer une société sans monnaie.

Il est vrai qu’en 2019, les crypto-monnaies sont surtout utilisées par la finance, comme des objets de spéculation plutôt que comme des moyens de paiement. Elles sont tantôt considérées comme des “commodities” (une marchandise), tantôt comme des “securities” (un placement).

De fait, lorsque les institutions financières rencontrent des difficultés, elles sont amenées à vendre leurs crypto-monnaies contre des dollars ou euros, afin d’obtenir des liquidités. En les leur achetant, nous contribuons donc à éloigner le risque d’un effondrement économique. Ce n’est pas négligeable.


II – Ne pas dépendre d’une seule monnaie

La sylviculture (i.e. la gestion des forêts) insiste sur la fragilité des monocultures. Si une forêt n’est constituée que d’une seule espèce d’arbres, une unique maladie peut se propager dans l’ensemble de la forêt et la détruire. Diversifier les espèces d’arbres rend donc une forêt plus résiliente.

Diversité et résilience sont fortement corrélées.

Suivant cette même logique, nous augmentons notre résilience en diversifiant nos monnaies. Or, on estime aujourd’hui que plus de 90% des transactions – hors troc – se déroulent à l’aide des monnaies bancaires, à savoir au travers des virements, chèques ou encore de nos cartes bleues.

Tout comme la monnaie fiduciaire (i.e. les pièces, les billets), les monnaies locales / complémentaires, les accorderies, les Systèmes d’Échanges Locaux et les Jardins d’Échange Universel, les crypto-monnaies participent vraiment à rendre notre système économique plus résilient.


III – En finir avec le “too big to fail”

Lors de la crise des subprimes en 2007, l’assureur AIG a été renfloué par le gouvernement américain, afin d’éviter des pertes de l’ordre de 3 200 milliards de dollars au sein du système financier international, pertes qui auraient entraîné la faillite de nombreux établissements bancaires avec lesquels AIG était lié.

Leur faillite étant synonyme d’un effondrement de notre système bancaire, par définition, les institutions « too big too fail » doivent être sauvées coûte que coûte. Or, avec la démocratisation d’un système de paiement concurrent au système bancaire, nous n’aurions plus à réanimer ce dernier par crainte que le monde entier ne se retrouve paralysé.

Nous devons peu à peu court-circuiter notre dépendance envers le système bancaire.

Dans tous les cas, ne rien changer ou compter uniquement sur le système capitaliste pour relever les défis majeurs promis par le XXIe siècle est suicidaire. Ce n’est pas non plus en “retournant” au troc, que l’on parviendra à les relever. De fait, nous avons tout intérêt à tenter de nouvelles expériences et à nous extraire d’un système bancaire moribond.

Vous voici rendu(e) au terme du module #3, qui présentait les crypto-monnaies comme un moyen de favoriser notre résilience économique, en nous rendant un tant soit peu moins dépendants du système capitaliste et de sa monnaie bancaire. Une autre économie est possible.

N.B. : Dans un premier temps, une crypto-monnaie permettrait d’établir une économie parallèle, mais pas forcément séparée du système bancaire et financier : si je veux des cryptos, je dois pouvoir en échanger contre mes euros, si je veux des euros, je dois pouvoir en échanger contre des cryptos. Une fois la crypto-économie mature, le système bancaire peut alors sombrer, sans nous entraîner dans sa chute.