Problème #1 – Dérives bancaires


Les crypto-monnaies peuvent réduire notre dépendance envers les institutions en charge de notre système de paiement, qui profitent d’une situation oligopolistique pour faire passer leurs intérêts avant les nôtres.


Pour ceux qui se demanderaient ce que nous entendons par « capitalisme » et « monnaies-dettes »,
nous avons concocté ce quiz sur la genèse de notre système économique.


I – Abus de position dominante ?

Vous le savez probablement, en 2008, nos États nous ont endettés pour sauver les banques. En effet, nos banques assurent un service essentiel, à savoir la gestion de notre épargne et de nos moyens de paiement. Sans elles, nos cartes bancaires deviennent muettes, nos chèques ne sont plus encaissés, nos salaires ne sont plus versés, etc. Bref, la Société ne pourrait plus tourner et serait à l’arrêt.

Le système bancaire se trouve au coeur de notre organisation économique capitaliste.
Source de la vidéo
Frédéric Lordon, « Revue de presse – Comment sauver les banques et à quel prix ? » (Ce soir ou jamais, émission du 11/10/2011)

La faillite de certains mastodontes financiers pouvant s’avérer fatal à notre système de paiement, ces institutions « trop grosses pour être autorisées à faire faillite » doivent par définition être sauvées quoi qu’il nous en coûte. Ce phénomène du « too big too fail » a été particulièrement mis en évidence lors de la fameuse crise des subprimes, par exemple avec l’assureur AIG, renfloué par le contribuable américain.

Où est le problème ? Nos Sociétés sont comme prises au piège dans un jeu de « face le système financier gagne, pile les populations perdent », ou dit autrement, les gains sont toujours privatisés (le profits va aux investisseurs) tandis que les pertes sont systématiquement socialisées (nos États s’endettent pour compenser les pertes des investisseurs). Ceci est tout simplement scandaleux.


II – De « too big to fail » à « too big to jail » ?

Depuis 2008, les scandales financiers se sont bien entendu multipliés. Ainsi, nous avons pu observer le phénomène « too big to fail » se muer en « too big to jail ». Ce syndrome du « too big to jail » a été particulièrement mis en évidence avec les Swiss Leaks et l’implication avérée de la banque HSBC dans un système international de fraude fiscale et de blanchiment d’argent.

Par crainte de porter préjudice à une entreprise pouvant entraîner l’entièreté du système bancaire et financier dans sa chute – soit un retour au troc -, ces affaires très graves se soldent à chaque fois par une légère amende (en proportion des gains issus de ces délits). Or, avec la démocratisation d’un système de paiement concurrent, nous n’aurions plus à être à la merci de ces “banksters”.

À l’ère de l’informatique, la mission des banques qui consiste à débiter un compte (p.e. celui de l’acheteur) pour en créditer un autre (p.e. celui du vendeur) pourrait très bien être effectuée efficacement, sans nécessiter leur intervention. Par quel miracle ? Grâce aux D.L.T. (Distributed Ledger Technologies) et leurs crypto-monnaies. Le progrès technologique en somme.


III – Crypto : comment ça marche ?

Pour mieux appréhender le fonctionnement d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé (ou D.L.T. pour Distributed Ledger Technologies en anglais), et en particulier la blockchain, mettons en parallèle son fonctionnement avec celui de notre système bancaire. Pour ce faire, il nous faut ainsi expliciter les 5 mots en rouge ci-dessous :

Banque [X]Blockchain [Y]La blockchain une institution dématérialisée, avec ses propres règles, tout comme une banque en ligne. Elle concurrence la banque sur l’aspect de la création monétaire et de la bonne tenue des comptes.
Agence bancaire [X]Nœud [Y]De même que pour une agence, le rôle d’un nœud est de veiller à ce qu’aucune unité monétaire n’apparaisse dans les circuits comme par enchantement (il faut s’endetter ou en recevoir d’un tiers).
Compte bancaireClé privéeChaque client de la banque [X] est identifié par son ou ses compte(s) bancaire(s). De même, chaque utilisateur de la blockchain [Y] est associé à une ou plusieurs clé(s) privée(s), qui sert/servent à l’authentifier.
Application bancaireWalletLe site ou l’application de votre banque vous permet d’accéder à votre argent. Votre portefeuille électronique ou Wallet joue exactement le même rôle et vous permet d’interagir avec vos crypto-monnaies [Y] (payer, prêter, etc.).
R.I.B.Adresse [Y]À l’instar de votre R.I.B., vous devez communiquer votre adresse [Y] (aussi appelée clé publique) afin que votre interlocuteur puisse vous transférer la propriété sur une quantité définie de ses crypto-monnaies [Y].
Les Bitcoins, Ethers, Litecoins, etc., ne « bougent » pas, c’est leurs propriétaires qui changent.

Sur le plan personnel, devenir sa propre banque, c’est payer moins de frais, c’est avoir accès à ses fonds directement, sans risquer que sa banque ne fasse faillite, ne refuse un retrait, un paiement ou n’impose de nouvelles règles. Il est absolument naturel que l’humanité abandonne une technologie qui l’étouffe pour lui préférer une technologie proposant un meilleur service.

Intrigués, certains se demandent si les crypto-monnaies ne déplacent pas juste le problème… Qui nous garantit que les entreprises en charge de ce réseau de crypto-paiement ne profiteront pas à leur tour d’une position dominante ? Réponse : le code informatique qui sous-tend ce réseau, ainsi que sa nature décentralisée. Il y a des règles et celles-ci sont inviolables. Nous y reviendrons.


IV – Vers la fin de l’oligopole bancaire ?

Pour qu’émerge une technologie de substitution au système bancaire, il est évident que nous devons cesser d’utiliser exclusivement la monnaie des banques, à savoir les monnaie-dettes. C’est tout-à-fait légal (article 1342-4 du code civil) et techniquement faisable. Avec un smartphone ou une carte de paiement crypto, un client peut d’ores et déjà régler ses achats avec une crypto-monnaie.

L’internet de la valeur rend techniquement obsolète l’utilisation des monnaies-dettes.
Source de la vidéo
« Tech Day Transdev – La Blockchain pour les nuls » (Hubert Hays Narbonne, 2017), YouTube.

Cela dit, il est évident que nous ne nous passerons pas totalement de la monnaie bancaire du jour au lendemain. Une entreprise peut néanmoins accepter les crypto-monnaies, seulement tel jour dans la semaine ou après telle heure. Sur le plan comptable, il faudra déclarer la valeur en euros correspondant aux revenus perçus en crypto-monnaies. C’est parfaitement à notre portée.

Côté salarié, c’est plus problématique. D’après cet excellent article du Journal du Coin, « la loi vous permet de recevoir [une partie ou l’entièreté de] votre salaire en crypto-monnaies. Néanmoins il semblerait que [le versement doive se faire] sur le compte d’une crypto-banque agréée en tant que P.S.A.N. (Prestataire de Service en Actifs Numériques) ». Cette difficulté est cependant surmontable.

Vous voici rendu(e) au terme de ce module #1, qui décrit les crypto-monnaies comme une technologie de substitution prometteuse au système bancaire et financier, qui organise la société capitaliste (le capitalisme n’émerge pas du néant, mais d’une infrastructure bancaire et financière). Une autre économie est possible.


Avec l’aide des crypto-monnaies, tout un chacun peut contribuer à son échelle à saper les fondations d’un système bancaire et financier profondément vicié. Il suffit d’utiliser et ainsi légitimer une alternative aux monnaies-dettes.

Découvrez maintenant comment les crypto-monnaies peuvent nous aider à nous émanciper des abus de la finance interlope
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N.B. : Avez-vous des idées reçues sur les crypto-monnaies ? ↓
Au fait, si le Bitcoin fut la première crypto-monnaie, sachez que des crypto-monnaies moins énergivores que le Bitcoin ont vu le jour depuis (cela dit, le Bitcoin évolue au fil des ans et peut fortement s’améliorer). Profitons-en néanmoins pour tordre le cou à certaines idées reçues :

  • Oui, nous pouvons utiliser les crypto-monnaies sans faire exploser la consommation énergétique du pays. Le système de consensus par preuve de travail (« proof of work ») a dégéné, car la spéculation a rendu rentable de gaspiller des milliers de mégawatts dans le minage de crypto-monnaies. Cela dit, il existe aujourd’hui des systèmes de consensus moins gourmands que le « proof of work » ou d’autres technologies moins gourmandes que la blockchain (plus d’informations dans le module #Bonus).
  • Oui, la valeur d’une crypto-monnaie peut rester parfaitement stable, à condition de recourir à un cours forcé plutôt que de laisser la loi de l’offre et de la demande (bonjour la spéculation) le faire à notre place. D’ailleurs, la valeur des monnaies-dettes est fixée de la même façon, selon un régime de changes flottants : leur cours se décident sur le Forex. Ainsi, le monde de la finance peut faire pression sur les dirigeants d’un pays, en menaçant par exemple de faire s’effondrer sa monnaie.
  • Oui, on peut payer en crypto-monnaie tout en étant hors ligne (par SMS ou par carte bleue par exemple), il n’y a donc nul besoin de changer radicalement nos habitudes.
  • Oui, les crypto-monnaies peuvent coexister avec les pièces et billets (il ne s’agit pas de remplacer le cash).
  • Bref, il ne s’agit pas de faire moins bien que le système bancaire, mais beaucoup beaucoup mieux. Enfin, ce n’est pas tant sortir du capitalisme qui est techniquement compliqué, mais plutôt réunir suffisamment de citoyens souhaitant en sortir qui l’est ; une sortie progressive du capitalisme a sans doute plus de chance d’être réalisée en partant de l’échelon local.