Enjeu #2 – Concurrencer les banques


Il est aujourd’hui difficile de se dire écologiste et d’être en même temps favorable au capitalisme. Or, affaiblir concrètement le capitalisme (en devenant sa propre banque) n’a jamais été aussi simple. Une autre économie est possible.


I – Crypto-monnaies : un peu de contexte

En 2008, un document rédigé par l’énigmatique Satoshi Nakamoto annonce l’arrivée de la technologie “blockchain“. Elle va permettre à ceux qui ont perdu confiance dans le système bancaire capitaliste – suite à la faillite de la banque Lehman Brothers et la disparition de l’épargne de ses clients – de se payer les uns les autres avec une monnaie qui ne se volatilise pas, le Bitcoin.

Le système bancaire européen dérive d’un système à réserves fractionnaires ; son taux de réserves était de 1% en 2012. Cela signifie qu’au moins 1% des dépôts devait réellement être détenus par la banque (si tous les clients de la banque viennent retirer leur argent, ils sont censés pouvoir en récupérer au moins 1%, mais faire une croix sur les 99% restants).

Les crypto-monnaies sont ainsi des monnaies créées par le biais d’une technologie de cryptographie, telle que la blockchain, par opposition aux monnaies-dettes, créées par un intermédiaire à but lucratif, la banque. Une crypto-monnaie représente donc un système de paiement alternatif à celui du système bancaire, dont dépend le bon fonctionnement du capitalisme.

La technologie derrière les crypto-monnaies est-elle vraiment capable de savoir qui a payé combien à qui, sans intervention humaine ? Oui, car elle résout notamment le problème des généraux byzantins, à savoir reconnaître une information honnête d’une information frauduleuse. Personne ne peut recevoir de crypto-monnaies venues de nulle part.


II – Un peu de vocabulaire

Pour mieux appréhender le fonctionnement d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé (ou DLT pour Distributed Ledger Technologies en anglais), et en particulier la blockchain, mettons en parallèle son fonctionnement avec celui de notre système bancaire. Pour ce faire, il nous faut ainsi expliciter les 5 mots en rouge ci-dessous :

Banque [X]Blockchain [Y]La blockchain une institution dématérialisée, avec ses propres règles, tout comme une banque en ligne. Elle concurrence la banque sur l’aspect de la création monétaire et de la bonne tenue des comptes.
Agence bancaire [X]Nœud [Y]Aucune unité monétaire ne doit apparaître dans les circuits par enchantement. Tout comme une agence, un nœud veille à ce que personne ne gagne de la monnaie sans s’être endetté ou en avoir reçu d’un tiers.
Compte bancaireClé privéeChaque client de la banque [X] est identifié par son ou ses compte(s) bancaire(s). De même, chaque utilisateur de la blockchain [Y] est associé à une ou plusieurs clé(s) privée(s), qui sert/servent à l’authentifier.
Application bancaireWalletLe site ou l’application de votre banque vous permet d’accéder à votre argent. Votre portefeuille électronique ou Wallet joue exactement le même rôle et vous permet d’interagir avec vos crypto-monnaies [Y] (payer, prêter, etc.).
R.I.B.Adresse [Y]À l’instar de votre R.I.B., vous devez communiquer votre adresse [Y] (aussi appelée clé publique) afin que votre interlocuteur puisse vous transférer la propriété sur une quantité définie de ses crypto-monnaies [Y].
Les Bitcoins, Ethers, Litecoins, etc., ne “bougent” pas, c’est leurs propriétaires qui changent.

Avec les crypto-monnaies, n’importe qui peut dès à présent contester l’hégémonie de la monnaie du capitalisme. Il n’est toutefois pas question ici de renier complètement l’euro, puisqu’il nous faut encore parfois payer en monnaie-dettes (loyer, impôts, amendes, etc.). Selon nous, “avoir un pied dans les deux mondes” est cependant judicieux.

En résumé, les dispositifs d’enregistrement électronique partagé (ou DLT), telle que la blockchain, font émerger de véritables concurrents à un système bancaire lent, coûteux, frileux et opaque. Eh oui, transparence oblige, on peut dès lors imaginer mettre un terme à la fraude fiscale organisée (cf. Goldman Sachs et le maquillage des comptes grecs).


III – Un peu de concret

On l’a souligné précédemment, même dans le monde de la finance, il existe des gens malhonnêtes (scandale Enron, shadow banking, panama papers, etc.) et d’où l’existence du terme “bankster“. Passer à un système monétaire plus transparent et régulé, mettraient fin aux fraudes des cols blancs, qui sont de loin celles qui coûtent le plus à la société.

Sur le plan personnel, devenir sa propre banque, c’est payer très peu de frais, c’est avoir accès à ses fonds directement sans passer par une banque qui peut de son propre chef refuser un retrait, un paiement ou changer les règles (exemples 1, 2, 3). Mais c’est surtout se désolidariser concrètement de l’outil du système capitaliste, comme en témoigne le vidéaste Raj :

Témoignage complet ici

Vous voici rendu(e) au terme de ce module #2, qui décrit les crypto-monnaies comme une technologie de substitution prometteuse au système bancaire et financier, qui structure et organise la société capitaliste (le capitalisme n’émerge pas du néant, mais d’une infrastructure bien réelle). Une autre économie est possible.


Si vous suivez les politiques monétaires menées par nos banques centrales depuis 2008, vous vous demandez probablement comment protéger votre argent de la prochaine crise monétaire.

Découvrez maintenant pourquoi les crypto-monnaies sont, à long terme, beaucoup plus sûres que les monnaies-dettes (module #3)
-> SE DÉSOLIDARISER DE L’EURO <-



N.B. : Au fait, si le Bitcoin fut la première crypto-monnaie, sachez que des crypto-monnaies moins énergivores que le Bitcoin ont vu le jour depuis (cela dit, le Bitcoin évolue au fil des ans et peut fortement s’améliorer). Profitons-en néanmoins pour tordre le cou à certaines idées reçues :

  • Oui, nous pouvons utiliser les crypto-monnaies sans faire exploser la consommation énergétique du pays.

  • Oui, la valeur d’une crypto-monnaie peut rester parfaitement stable.

  • Oui, on peut payer en crypto-monnaie tout en étant hors ligne (par SMS ou par carte bleue par exemple), il n’y a donc nul besoin de changer radicalement nos habitudes. En clair, sortir du capitalisme n’est techniquement pas très compliqué, c’est réunir suffisamment de citoyens pour passer concrètement à l’acte qui l’est (une sortie du capitalisme a donc plus de chance d’être réalisée à l’échelon local).

  • Oui, les crypto-monnaies peuvent coexister avec les pièces et billets (il ne s’agit pas de remplacer le cash).

  • Bref, il ne s’agit pas de faire moins bien que le système bancaire, mais beaucoup beaucoup mieux.