Crypto #1 – Concurrencer les banques


Si vous vous dîtes que les crypto-monnaies, c’est pour les capitalistes, et que de toute façon, c’est trop compliqué, alors vous êtes au bon endroit. Ce module va balayer ces réflexions. Une autre Économie est possible.


I – La crypto-insurrection

Si vous avez participé à notre quiz, ou consulté notre petite histoire du capitalisme, vous savez plus ou moins comment fonctionne notre Économie. Dans le cas contraire, pas de panique, la fable de la “Onzième rondelle” va vous mettre à jour.

LA ONZIÈME RONDELLE (cliquez pour dérouler)

« Il était une fois, dans un village reculé d’Australie, un peuple qui ne vivait que du troc. Chaque jour, c’était du pain, des œufs, des poules et cætera que les villageois s’échangeaient. De plus, au moment des récoltes, des moissons, ou chaque fois qu’un orage provoquait des dégâts, ils s’aidaient les uns les autres, comme le voulait la tradition.


Cependant, cette belle coopération ne dura pas. En effet, un jour, un Étranger passa par le village pour leur dévoiler les tenants et aboutissants d’une nouvelle technologie, qu’il avait appelée « rondelle » et qui devait remplacer le troc. Les rondelles étaient faites dans un matériau inconnu et ce faisant, avait un aspect fascinant.


Le village décida alors d’adopter la rondelle comme moyen de paiement, car plus pratique à transporter que les poules et déjà utilisée dans les autres villages que l’Étranger avait visités. Au demeurant, il fut convenu que l’hiver prochain, l’Étranger – qui avait prêté à chaque famille du village, dix de ses rondelles – verrait son prêt non seulement remboursé, mais rémunéré d’une rondelle supplémentaire pour le service monétaire rendu.


Chaque famille s’était, par conséquent, engagée à rendre onze rondelles. Hélas, c’est au cours de l’année où toutes ces dettes furent contractées que la cohésion commença à s’étioler ! Eh oui, où prélever la onzième rondelle promise à l’Étranger ? Tout simplement chez ceux que l’on côtoyait le plus, à savoir les autres familles du village souvent, les familles des autres villages parfois.


Inévitablement, lorsque l’Étranger revint après douze mois, certaines familles ne furent pas en mesure de lui rendre onze rondelles. Persuadées que cette mésaventure ne leur arriverait pas deux années de suite, ces familles réussirent néanmoins à convaincre l’Étranger de leur accorder une deuxième chance, c’est- à-dire leur prêter à intérêts quelques rondelles de plus.


De fait, d’une année sur l’autre, c’était toujours une famille différente qui était prise au dépourvu, et en l’espace d’une décennie, la coopération d’antan fut remplacée par une compétition pour la monnaie. Étonnamment, cette compétition amena avec elle la croissance économique. Le confort s’améliora rapidement, les villageois vécurent mieux, plus longtemps, la mortalité infantile se réduisit et le village finit par former une ville.


Depuis l’introduction de la rondelle dans leur vie, les anciens villageois se déclarent bien plus indépendants et autonomes qu’auparavant. Aux relations de voisinage se sont substituées des relations commerciales, plus brèves, moins exigeantes. »


[Bernard Lietaer, The Future of Money, Londres, Century, p.50-51, fable retranscrite en substance à partir de l’anglais. Les deux derniers paragraphes sont un ajout de notre crû, afin de rappeler que la compétition a aussi ses qualités, N.D.R.]


→ Et si les villageois créaient eux-mêmes leurs rondelles (plutôt que de les emprunter à l’Étranger) ?

En 2008, suite à la crise des subprimes, un document rédigé par l’énigmatique Satoshi Nakamoto annonce l’arrivée de la technologie “blockchain“. Elle va permettre à ceux qui ont perdu confiance dans le système bancaire, de se payer les uns les autres avec une nouvelle monnaie, le Bitcoin. Avec cette crypto-monnaie, nul besoin du Fonds de Garantie des Dépôts, le Bitcoin ne risquant pas de se volatiliser.

Les crypto-monnaies sont ainsi des “rondelles” (cf. fable plus haut) créées par le biais d’une technologie de cryptographie, la blockchain, par opposition à une “rondelle” créée par un intermédiaire dont c’est le métier, la banque. La blockchain rend possible la création de notre propre monnaie, sans avoir à contracter une dette envers le système bancaire et financier actuel.

Le Bitcoin est né en réaction aux millions de dollars volatilisés
au sein de notre système de réserves fractionnaires.

La cryptographie peut-elle vraiment proposer une création monétaire décentralisée, sans que cela ne vire au chaos ? Oui, parce qu’elle résout notamment le problème des généraux byzantins, à savoir reconnaître une information honnête d’une information frauduleuse, quand bien même le réseau inclurait un certain nombre de tiers malintentionnés.


II – Le vocabulaire crypto-rebelle

Pour mieux appréhender le fonctionnement d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé (ou DLT pour Distributed Ledger Technologies en anglais), telle que la blockchain, faisons un parallèle avec notre système bancaire. Pour ce faire, il nous faut au minimum expliciter les 5 mots en rouge ci-dessous :

Banque [X]
Blockchain [Y]
Tout comme une banque en ligne est une institution dématérialisée, une blockchain est un organisme réel, avec ses propres règles. Elle concurrence la banque sur l’aspect de la création monétaire, mais pas sur ses autres fonctions sociales. La blockchain ne peut donc pas complètement remplacer les banques.
Agence [X]
Nœud [Y]
(ou Node en anglais)
En principe, le rôle des agences bancaire et des nœuds, est de contrôler qu’aucune unité monétaire n’apparaisse dans les circuits par enchantement. Si c’est le cas, il y a eu dysfonctionnement, c’est-à-dire qu’il y a eu tricherie ou faux-monnayage ; quelqu’un a gagné de la monnaie sans s’endetter ni rendre de service à qui que ce soit.
Compte bancaire
Clé privée
(Private key ou Seed en anglais)
Votre compte bancaire prouve que vous avez un compte à la banque [X], votre clé privée prouve que vous avez un compte sur la blockchain [Y]. Personne ne doit avoir accès ni à votre compte ni à votre clé privée, sous peine de vous voler vos fonds. Ne divulguez jamais votre clé privée (ou seulement à des tiers de confiance), mais conservez-la précieusement.
Site internet de la banque / Application de la banque
Portefeuille électronique
(ou Wallet en anglais)
Le site ou l’application de votre banque vous permet d’accéder à votre compte bancaire et donc à votre argent. Il en va de même pour votre portefeuille électronique. Supprimer votre application bancaire de votre téléphone n’efface pas vos euros, de même, supprimer votre portefeuille électronique n’efface pas vos crypto-monnaies.
Relevé d’Identité Bancaire
Clé publique
aussi appelée “Adresse [Y]”
La clé publique n’est pas une information sensible. À l’instar de votre R.I.B., vous devez communiquer votre clé publique pour que l’on puisse vous transférer une certaine somme (à condition que celui qui doit vous envoyer ce montant, possède suffisamment de crypto [Y]).

En résumé, les dispositifs d’enregistrement électronique partagé (ou DLT), telle que la blockchain, font émerger des systèmes monétaires parallèles, de véritables concurrents à un système bancaire lent, coûteux et frileux (voire avare).

Ainsi, on peut appartenir à deux mondes économiques distincts. Par exemple, les noeuds d’une blockchain [Y], rémunéré en crypto [Y] pour le service monétaire rendu, peuvent très bien revendre leurs crypto [Y] contre des euros ou dollars (venant pour leur part de crypto-enthousiastes).


III – Premier pas dans la désobéissance civile

Qu’est-ce qui vous attend lorsque vous vous mettrez aux crypto-monnaies ? Réponse en vidéo ! (avec Raj, de la chaîne Autodisciples)

Boom : un très grand sentiment de liberté.

D’accord, mais par où commencer ? La première étape consiste à télécharger un portefeuille électronique, puis suivre les instructions d’installation et ce, afin de générer votre première clé privée.
(Les portefeuilles sur smartphones ne nécessitent pas le téléchargement de toute la blockchain, la procédure est donc plus rapide. Les iPhones sont de plus réputés difficiles à hacker, donc si vous en avez un et que vous n’êtes pas connecté à un WiFi public, préférez son usage à celui de votre ordinateur.)

  • Première option : téléchargez Atomic Wallet. Ce portefeuille électronique vous donne accès à de nombreuses blockchains différentes ; avec un seul mot de passe vous obtiendrez plusieurs clés privées. Parfait pour les débutants qui ne souhaitent pas multiplier les mots de passe.
    Pour soutenir Ammoneo, utiliser le code suivant lors de l’installation de votre portefeuille : XHVBC

  • Seconde option : téléchargez Waves Wallet. Facile d’utilisation, ce portefeuille peut surtout permettre de rendre ce module #1 plus concret, en vous permettant de recevoir votre première crypto, sans que vous n’ayez à débourser le moindre euro.
    Faites-nous part de votre adresse Waves via notre page facebook, et nous vous enverrons 1000 AMMO (crypto à but purement éducatif).

Vous voici rendu(e) au terme du module #1, qui présentait la blockchain comme une concurrente du système bancaire. En effet, plus rien ne justifie que les banques soient les seules détentrices du privilège régalien de « frapper monnaie ». Une autre Économie est possible.

Au fait, sachez que si la technologie blockchain fut le premier dispositif d’enregistrement électronique partagé, des technologies bien supérieures ont vu le jour depuis. Ne vous arrêtez pas au Bitcoin !

N.B. : L’ouverture d’un portefeuille électronique nécessite la création immédiate d’un mot de passe robuste. Pourquoi ? Parce que vous ne pourrez pas le changer par la suite.


En installant un portefeuille électronique, vous contestez la domination des comptes bancaires classiques. Pour comprendre pourquoi l’émergence d’une source de crypto-financement peut être bénéfique, vous êtes libre de consulter gratuitement notre livre blanc -> CRYPTOREBOND <-.